discussion Art in Haïti x Leah Gordon

LEAH DVD HAITIA moins de 3 mois  de la quatrième « Ghetto Biennale » ou la Biennale d’art de rue à Port au Prince, Soul Jazz Records, le label anglais et éditeur sort « Iron in the Soul » un DVD compilant les 3 documentaires de Leah Gordon.
Leah Gordon vous la connaissez pour ça ou ça et c’est justement après avoir reçu ce fascinant bouquin qu’elle m’avait humblement accordée une interview dont voici un long extrait


[Extrait – 08/2010, English version below]

Vous avez fait plusieurs travaux sur le lien entre le vaudou et l’art, qu’est ce qui vous a poussé à lancer la Ghetto Biennale ?
Le travail des sculpteurs de la Grand Rue n’est pas seulement la ré-appropriation du désordre et de la culture haïtienne. Un autre aspect de leur pratique est la réappropriation des institutions bourgeoises et du monde de l’art. André Eugène (artiste) a toujours voulu réunir un panel d’artistes et d’institutionnels au centre-ville de Port-au-Prince pour répondre à la question « Pourquoi une seule classe contrôle pratiquement toutes les galeries et musées?”. C’est cette marginalisation qui nous a amenée à créer la Ghetto Biennale. En 2008 déjà, nous avions eu plusieurs discussions sur l’immobilité et l’exclusion des artistes haïtiens. […] Puis il y a la question du circuit des biennales internationales.. On avait remarqué que la classe sociale, plutôt que la race ou la nationalité semblait être une barrière à l’entrée du soi-disant circuit de l’art international «mondialisé. Les deux ou trois artistes haïtiens qui semblent représenter Haïti à Venise, Johannesburg ou Sao Paulo font tous partie de la classe supérieure de la société haïtienne. Ce sont toutes ces discussions qui ont conduit à l’idée d’associer ces deux mots plutôt antinomique. Ghetto versus Biennale. Puis, à travers une conversation téléphonique entre Eugène et moi, entre Londres et en Haïti, nous nous sommes dit , pourquoi pas? Si les artistes haïtiens ne peuvent pas accéder aux biennales, ramenons la biennale en Haïti.

Vous semblez avoir fait votre enseignement sur l’histoire d’Haïti à travers sa scène artistique…
Haïti a été un enseignement pour moi à tous les niveaux. Intéressez-vous à l’histoire d’Haïti et vous suivrez toutes les grandes histoires d’une manière ou d’une autre.

Quand et comment avez-vous découvert Haïti ?
J’ai découvert Haïti en 1991 et j’ai gardé de très bonnes relations avec le pays depuis. En tant que journaliste reporter, j’ai couvert le coup d’état au début des années 90.

Qu’est ce qui vous a amené à creuser au plus profond de la culture haïtienne à cette période très particulière ?
J’ai tellement été inspirée et revigorée par le discours d’Aristide face au renversement du régime de Duvalier. Malheureusement à la fin des années 90, son discours politique sonnait creux et c’est à ce moment que j’ai délaissé la politique pour me tourner vers la culture et la religion.

Comment est ce qu’on tombe amoureuse d’un terrain de jeu si peu conventionnel ?
Comment expliquer ou décrire les forces mystérieuses et complexes du coup de foudre ? Je pense que c’est surtout l’histoire qui me lie à Haïti. Et je le sens à chacun de mes pas en là bas. Et ce n’est pas seulement une affaire d’unicité dans l’histoire haïtienne. Pour moi, ce qui est important c’est de savoir comment Haïti révèle son histoire. Le peuple haïtien est continuellement en train de transmettre, raconter encore et encore, réinterpréter l’histoire de leur pays. Les frais scolaires sont trop importants pour la majorité du peuple haïtien et les standards d’éducation sont faibles. Malgré cela, il vous sera difficile de trouver ne serait ce qu’un haïtien qui ne connaisse pas les vastes ou intimes détails de son histoire.

 Quels changements avez-vous observé entre la scène artistique d’il y a 15 ans et celle d’aujourd’hui?
Depuis que j’ai rencontré les artistes de la Grande Rue, le changement le plus radical que j’ai pu observé …si une grande partie de l’art haïtien s’est toujours penché sur le passé, à la fois historiquement et culturellement, la scène artistique d’aujourd’hui fait référence autant au passé qu’à l’avenir. Les artistes de la Grande Rue font référence au passé historique et culturel d’Haïti et leur utilisation des matériaux et leur vision assez dystopique des choses laissent entrevoir un passé mais aussi un futur social et économique assez effrayant.

Etes vous retournée à Port au Prince depuis le tremblement de terre?
Je suis retournée en Haïti cinq jours après le tremblement de terre. C’était pour une commande d’une ONG. Je préférais Haïti quand la communauté internationale l’ignorait. Ce nouveau regain d’intérêt m’inquiète parce que ce n’est pas pour les bonnes raisons.

 Maintenant que le pays est devenu tristement célèbre, allez-vous lancer une nouvelle biennale ou une exposition de vos récents travaux sur Haïti?
Nous tiendrons la prochaine Ghetto Biennale à la fin de 2011. Nous allons lancer un appel à candidatures début de 2011.

A Pig’s Tale from Leah Gordon on Vimeo.

[ENG]

You made several works about the link between Vodou & Art, what leads you to run the Ghetto Biennale in 2009?
The Grand Rue sculptors work is not just about the re-appropriation of junk and Haitian culture. Another important part of their practice is the re-appropriation of the bourgeois art world institutions. Andre Eugene always talks about calling his yard in downtown Port au Prince a museum to question why only one class usually contral all the gammeries and museums. It was this habit of appropriating art institutions that was one of the factors that led to the Ghetto Biennale. The idea also came from conversations in mid-2008 between myself and the Grand Rue artists about issues of immobility and exclusion for Haitian artists. In the past Eugene, Celeur and Guyodo have not been able to attend private views in the US of their own works due to visa refusal. This is no longer the case, but the past experience became the basis of the conversation. Then there is the question of the globalised international Biennale circuit. They had noticed how class, rather than race or nationality, seemed to be a barrier to entry to the so-called 'globalised' international art circuit. The two or three Haitian artists that seem to repeatedly represent Haiti in Venice, Johannesburg and Sao Paulo are all from the middle to upper class of Haitian society. These were the discussions that led to the almost primarily humorous idea of co-joining these two unlikely words. Ghetto and Biennale. Then through a conversation between myself and Eugene, on the phone between London and Haiti, we decided why not? Like the mountain and Mohammed...basically if the Haitian artists can't get to the Biennales let's bring the Biennale to them.

It seems that you made your own history lessons throughout haitian artistic scene…
Haiti was an education for me on all levels. Follow the history of Haiti and you follow all our histories in one way or another.

When and how did you first discovered the country?
I visited Haiti for the first time in 1991, and have continued to have a relationship with the country to this day. As a reportage photographer I covered the coup in the early nineties

What led you to dig deeper into Haitian culture at that time?
I became quite inspired and invigorated by the narrative of Aristide and the overthrough of the Duvalier regime. But by the late 90's the political narrative became increasingly more hollow and then I began to make work inspired more by the culture and religion than the politics.

How did you fell in love with this unconventional playground?
How can anyone name and describe the complex and mysterious forces that compel us to fall in love? I think it is primarily history that binds me to Haiti. And I can sense it under every step I take in Haiti. And it’s not just a case of the uniqueness of Haitian history. For me what is important is how Haiti reveals its history. Haitian people are continually transmitting, telling, retelling and reinterpreting Haitian history. School fees are excessive for the majority of the Haitian people, and education standards poor, but you will be hard pushed to find a Haitian who doesn’t know the vast and intimate details of their own history.

What changes did you observe between the artistic scene 15 years ago and nowadays?
Perhaps the most radical change that I have noticed, and this is only since I met the Grand Rue artists, is that whilst much of Haitian art has looked into the past, both historically and culturally, now I see Haitian artists referencing both the past and the future. The Vodou spirit Gede, that the Grand Rue artists represent in much of their work, often wears sunglasses with only one lens, so that he may regard the mortal world and the world of the dead at the same time. The Grand Rue artists reference the historical and cultural past of Haiti, but their use of materials and dystopian sci-fi vision prophesies a frightening social and economic present and future.

Have you returned since the earthquake? What is your feeling about the way the country is treated by international opinion?
I returned to Haiti five days after the earthquake but that was simply on a photography commission for an aid agency. I preferred Haiti when it was ignored by the international community, it worries me now there are all there now.

Now that the country had become unfortunately famous, are you going to run another biennale or an exhibition of your recent works about Haiti?
We will be holding the next Ghetto Biennale at the end of 2011. We will be putting a call out for proposals at the beginning of 2011.

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